[CO-CR] Cap ou pas Cap 2022 - Tour du Cotentin en gravel/VTT

Allez hop CR de la rando longue distance Cap ou pas Cap (tour du Cotentin) organisé par le Club Cyclo de Montebourg en partenariat avec la FFVélo (FFCT).

Le but de la FFVélo est de s'associer avec des clubs/organisateurs un peu partout avec un cahier des charges à respecter pour proposer des itinéraires longues distances route/gravel/VTT bien ficelés à un coût abordable et des prestations de qualités (tracé, ravito(s), encadrement). Et il est vrai qu'on entend parler d'épreuves de bikepacking très chères et mal foutues.

On peut retrouver la liste là : Les événements - Fédération française de cyclotourisme

Bref pour en revenir à nos moutons, le tour du Cotentin. On pouvait s'inscrire en choisissant de partir le jeudi après midi (3,5j), le vendredi matin (3j) ou le samedi matin (2j) pour parcourir les 410km/whatmile D+. On s'était inscrit pour l'option 3j.

Arrivé sur place le jeudi soir pour départ le vendredi matin, je suis l'hôte à diner de @Laurent dans son humble demeure sur roues, merci :smiley:

L'info importante est que Laurent me dit "je compte finir en 2j je n'amène pas de matelas", euuuuh ben moi je me suis inscrit pour 3j alors je ferai 3j ou plutôt, en 2 nuits dehors ! :vttpfff:

S'en suit une très belle expérience de VanLife, je vais désormais pouvoir poster sur le topic ad'hoc :vtttroll:

Vendredi levé 5h, l'organisation propose le petit-dej café.
Dans la salle on retrouve de tout, du débutant habillé full Btwin (ou plutôt Van Rysel) aux archétypes Rapha/Castelli/gapettes/barbe qui pésent 30kg tout mouillé et font toutes les courses d'ultra longue distance qu'il soit possible de faire #bike-café

Niveau vélo pareil, des graveuls en pneus de 35/40mm, des SR, un cadre bambou (happeau à Caro), un tandem et un bolosse qui roule en 27.5x2.8 (je crois que c'était mon vélo :vttmute: ).

Et à 6h hop le départ depuis la ville de Montebourg.

Le début est roulant, des points de vue, c'est beau.

Barfleur

hé oui le @Laurent il a sa gappette ............. :smiley:

C'est systématique, dès qu'il y a un beau paysage avec la mer, c'est marée basse. Jamais je n'ai droit à la marrée haute. Je dois avoir le dieu des marrées contre moi.

Phare de Gatteville

Laurent roule un peu plus vite que moi mais au final ça se goupille pas mal.

Après quelques heures lors d'un arrêt eau cimetière, je laisse Laurent se changer sachant qu'il va me rattraper ... en fait je ne le reverrai que 3h après :smiley:
Je m'arrête à la boulange à 11h pour manger, lui non, il s'arrête à la boulange à 13h30, moi non. Du coup je le vois arriver tranquilou sur mes roues à 14h.

Mon bô vélo qualifié de tracteur par un des graveleux :vttlike:

Ca roule bien, c'est agréable il fait beau.

Il est environ 16h quand on arrive à la fin de la J1 officielle (145km) à Beaumont - Hague, une petite bière et sandwich en terrasse et on repart direction le phare de Goury.
On discute avec un jeune participant d'origine routeuse qui roule bien (comprenez comme nous quoi, on est pas des branques!), il nous demande "vous roulez à quelle moyenne ?" nous "euuuuh ben on est partis surement en même temps que toi et on est là en même temps que toi, donc surement pareil que toi :smiley: "

Ca tournicote beaucoup, on sent qu'il y a plus de dénivelé, la moyenne tombe en passant de "roule bien" à "roule moins bien" environ.

Port Racine (qualifié de plus petit port de France) :

Remarquez que c'est ENCORE marrée basse, je vous l'avais dit le dieu des marrées est contre moi.

Arrivée ce qui nous parait de longues heures après au phare (18h ?), le Fish and Chips de Goury est en train de fermer mais le patron nous propose une barquette de Chips sauce tartare maison, miam miam.

Phare de Goury

On reprend la route (enfin les chemins), ça monte ça descend. L'organisateur avait bien prévenu que c'est là tout le D+ et les difficultés et on le sent après une journée à rouler.

Peu après petite scène assez drôle, notre ami d'origine routeuse fait un stop pipi à la manière d'un routeux, comprenez sans descendre du vélo mais arrêté tout de même. C'est à ce moment qu'un participant #bike-café le passe en le poussant gentiment pour le faire chier, les propos émis par notre ami d'origine routeuse me font dire qu'il n'a pas vraiment apprécié cette petite blague, ce doit être ça l'#EspritGravel :vttgravel:

Laurent m'envoie après coup cette jolie photo qu'un ami à lui (un #bike-café ?) a pris de moi.
Elle est jolie car je suis dessus hein, le paysage osef :

Il est 19h (?) quand nous arrivâmes à un cimetière, Laurent veut regonfler sa roue arrière et me dit de continuer devant. Spoiler : je ne le reverrai plus :vttmute:

On emprunte des singles ludiques vraiment VTT très sympas, et systématiquement on descend au niveau de la mer pour remonter derrière, dur.

Il est 20h15 quand je décide de m'arrêter pour cette première journée. Car rouler de nuit fatigué bof bof et j'ai envie de profiter des beaux paysages dunaires du lendemain et surtout je n'ai pas d'impératif de temps.

J'attends 15minutes en papotant avec mon ami d'origine routeuse que je viens de rejoindre devant le restau de Vauville blindé de participants en 3,5j en attendant Laurent, mais je le vois pas. Je décide du coup d'aller pioncer au camping municipal de Vauville qui n'est juste qu'une étendue d'herbe avec un bloc WC à 10m de la plage, et il est fermé bien sûr. Les blocs sont fermés mais la douche extérieure sort de l'eau, à moi le bonheur de la douche froide du soir.
Je dors dans le préau du bloc et passe une bonne nuit à l'abri du vent/rosée.

@Brup tu devrais attaquer la ville de Vauville qui se trouve en France et qui met des pancartes en Anglais, abused.

192km/3060D+/12h30 de roulage

Le lendemain départ 6h30, pour les paysages on repassera, grosse brume je ne vois strictement rien, mais c'est sympa comme ambiance.

Notre beau futur bel ou belle EPR. Dédicace à @vicporc suite à discussion ce midi sur le parking du taf/

Le soleil fait son apparition, la côte est sublime avec dunes et vallons :vttlike:

Par la suite on revient dans les terres, un peu moins sexy mais il faut bien traverser pour revenir sur la côte Est.
Tôt le matin je discutasse avec un jeune couple de Parisiens (partis le jeudi) qui m'annoncent shortcuter (raccourir pour Brup) massivement pour éviter de faire du gravel pour faire du gravel. Je les doublerai 3 fois sans jamais qu'ils ne me doublent :smiley: Ils me disent que pas mal d'autres font pareil.
Effectivement parfois c'est un peu le cas, mais souvent c'est pour des points de vue/monuments qui valent bien le petit détour.
Et puis la Trace c'est la Trace merde !

Je rattrape dans une portion technique un duo de mecs dont un des gars s'est dit "et si jamais je faisais ça avec ma remorque Bob Ibex avec un sac de 40L dessus, ce serait pas LA bonne idée ? :smiley:" (la Bob Yak avec suspension).

Rappel c'est ça :

Je reste à leur niveau car descente dans du cassant, et j'ai hâte de voir comment se comporte ce truc.
Et pas de regrets !! J'admire cette remorque rebondir dans tous les sens, de gauche à droite, l'effet ressort est énorme ça saute de 20cm en hauteur et pareil en largeur. Mais quelle idée d'amener ça ! La galère. Cependant j'admire le gars car il envoi quand même du bois pour se trainer ce truc.

Pendant cette journée je croiserai toujours les mêmes participants, un groupe de 4 Brestois en SR affutés qui roulent vite avec des prolongateurs sur leur cintre de VTT, mais font de longues/régulières pauses qui font que je les dépasse, je les croise 4 ou 5 fois pendant la journée. Ceux que j'ai doublé je ne les croise plus.

Lors d'une pause où je rattrape mes amis Brestois, l'un d'entre eux regarde mon vélo et me demande ce que c'est ce petit bras sur mon étrier de frein.
Moi : "ben c'est des étriers mécaniques avec le bras que le câble tire pour rapprocher les plaquettes"
Lui :"ah des étriers mécaniques j'en avais jamais vu !!!"
Il avait entre 25 et 30 balais, je me suis senti vieux :vttcovid:

Le timing se précise, je me dis de finir à Carentan pour ce jour histoire d'avoir une petite journée le lendemain.
J'arrive à 19h à Carentan, je ne vois strictement aucun autre participant. Je pense être le cul entre 2 chaises ou plutôt le vélo entre 2 types de rouleurs : les gens devant moi forceront pour fini le soir, j'apprendrai que les 4 Brestois arriveront au finish à minuit ce soir là. Les autres ie la grosse majorité des participants étant derrière moi (j'vous ai dit que j'étais pas si une branque que ça non ?)

Petite bière en terrasse face au port, un bon restau derrière. J'étais pépouze jusqu'à ce qu'un groupe de HARLEY DAVIDSON n'arrive avec leurs engins de malheurs à détruire mes tympans.
Même une fois installés à la terrasse mes tympans prenaient cher, je vous laisse imaginer, pire qu'un groupe de VTTistes :vttomg:

Après tout ça je me trouve un préau pour dormir. J'y passerai une excellente nuit :sleeping:

157km/1900D+/11h de roulage

Levé 4h50, départ 5h13. Je roule dans les marais de nuit, superbe :vttlike:

Pas de lever de soleil malheureusement car c'est couvert en ce début de matinée.

C'est plat de chez plat mais aujourd'hui il y a du vent. Les plages du débarquement (Utah beach).
On passe par les différents bourgs qui tous affichent des édifices de comémoration du d-day.

Beaucoup de centre équestres, de très belle demeures. Ce n'est pas un coin très pauvre par ici ça se sent, ya de la thune :dollar:

Il est environ 10h30 quand j'arrive au finish, premier de la journée, les suivants arriveront 1h30 après moi. L'organisateur m'indique que j'arrive 42eme et qu'il en reste 124 en route qui arriveront surement début/milieu après-midi.

68km/380D+/4h30 de roulage.

Je prend une douche, une bière, un sandwich-saucisse (spécialité d'ici), on m'offre une bouteille de cidre local bio. Je range et après je rentre tranquillement chez moi dans mon bolide rouge.

Au final très très content, les paysages étaient superbes, on a passé de bons moment avec Laurent. J'ai quand même bien apprécié de ne croiser aucun participant le dimanche, mon côté solitaire surement :vttmute:

L'organisation au top, la trace était bien, le ravito début/final parfait, le roadbook génial, la météo aussi. A noter qu'il faut quand même soit un gravel avec des pneus de VTT soit un VTT, mais clairement les pneus de 35/40mm c'est pas adapté. Mon vélo était nickel, ràs. J'étais le seul en pédales plates/short/pneus de 2.8 :smiley:

C'est tout :vttlike:

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Edit admin : sans offense pour Fab je laisse le second post pour le CR de @Laurent s'il le veut bien

Laurent il est au boulot ce matin
Il préfèrerait mille fois écrire un beau CR mais il peut pas :slight_smile:
Donc il faudra attendre :wink:

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Excellents CR et photos.
Comment qu'il roule le Deik !

Du coup on attend ton CR Lolo... tu sais quoi faire ce soir :wink:

rapha... barbe.... quoi tu parle de moi ? quoi ma gueule, qu'est ce qu'elle a ma gueule ?
ah nan castelli, gapette, 30kg, c'est pas moi . ouf

elles sont pas classes mes nouvelles chaussettes ?
image

Belle cyclo votre sortie :slight_smile:
(et chouette CR)

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Mais cette vraie question !
@Laurent ou es-tuuu

J'ai mis à jour le CR avec une nouvelle photo que Laurent m'a envoyé, et des anecdotes en plus :upside_down_face:

Tu devrais en faire un sujet à part. Je pense que ça peut intéresser d'autres personnes extérieures au forum :wink:

Fait merci. Faudrait que le futur CR de @Laurent soit placé en second post hmmm

Je profite d'un trajet TGV vers la capitale, pour vous raconter mon Cap ou pas Cap.

En 2019, j'avais déjà eu l'occasion d'user mes pneus, sans tétines cette fois, sur les petites routes vallonnées de la péninsule du Cotentin. Cette fois-ci, le même organisateur, Stéphane Gibon instigateur de la nombreuses chevauchées routes, gravel ou vtt (https://www.cyclo-club-montebourg-saint-germain-de-tournebut.com/), nous propose un 400km en mode gravel en gardant grosso-modo le même parcours que les 300km de 2019 mais avec passablement plus de louvoiements : départ de Montebourg, on suit la côte dans le sens inverse des aiguilles d'une montre avec Barfleur, le phare de Gatteville puis Cherbourg, Goury et redescente de la côté ouest jusque Barnevile Carteret.

Ayant quelques jours de congés en trop, je profite de l'évènement pour m'offrir une petite semaine de vacances en Normandie et la Manche et cale 3 sorties plus ou moins longue en début de semaine en prenant garde de me réserver 2 jours de repos dans le départ fixé pour ma part au vendredi matin 6h.

3 formules sont proposées avec pour point commun une arrivée au plus tard le dimanche:

Un départ le jeudi 13h, un autre le vendredi matin à 6h et enfin, la formule raid (et raide) avec un départ le samedi matin à 6h.

J'ai choisi le départ du vendredi en me fixant pour objectif de finir le samedi soir. Ça me laisse le dimanche pour faire le trajet retour jusque dans le Nord et également pour me garantir de trouver davantage de commerces et restaurants ouverts durant l'épreuve, le Cotentin n'étant pas forcément très animé le dimanche.

Arrivé le jeudi en fin de matinée, je prépare mon matériel et vient attacher à mon cadre les indispensables: sacoches de bikepacking avec sac de couchage et sursac, un peu de nourriture, le nécessaire de réparation et un éclairage KLamp que j'inaugure pour l'occasion. Bien qu'estampillé gravel, je choisi pour cette petite aventure d'utiliser mon vieux semi rigide en acier, mon Niner MCR. Connaissant l'organisateur, je sais que c'est un grand amateur de vtt et j'ai pu gouter aux chemins de la région qui sont parfois… rugueux. De plus, avec la fatigue qu'implique une longue distance, je préfère jouer la carte du confort et de la robustesse surtout que le roulage de nuit me semble indispensable pour tenir le délai que je me suis fixé, et qu'éviter les obstacles dans le noir c'est quand même beaucoup plus compliqué et hasardeux.

Denis me rejoint pour le repas du soir dans le camping-car avec une non moins sympathique bouteille de Bourgueil … Pas très raisonnable mais vu le nombre de calories qu'on va dépenser sur les 2 jours à venir, ça ne devrait pas poser trop de problème. On passe une excellente soirée :blush:

Le lendemain, réveil à 5h15 pour ma part, je fini les pates de la veille et pars rejoindre les troupes sur le pied de guerre pour le petit café. Il faut encore noir mais progressivement les premières lueurs du jour permettent de discerner la centaine de cyclistes et leurs montures: principalement des gravels et quelques vtts quand même. Ouf.

L'évènement est encore un peu confidentiel, porté par une structure associative, un peu en opposition des courses hyper marketées qui naissent un peu partout avec l'étiquette gravel et les tarifs exagérés qui les accompagnent.

Six heures, on est parti. Chacun démarre un peu comme il le souhaite. Avec 400km à parcourir, un départ sur les starting blocks ne sert pas à grand-chose, voir même serait une erreur.

Direction donc la côte Est à une dizaine de kilomètres. Dès le début, on enchaîne les chemins et mono traces. Et très vite, on se rend compte que, d'une part, le tracé va compter très peu de bitume, et que d'autre part, le vtt est un bon choix. De petits passages accidentés, des ornières cassent le rythme des gravels avec leurs pneus plus fins que nos gros boudins.

On arrive sur les plages, le soleil se lève, une légère brume vient sublimer tout cela. C'est beau.

On arrive ensuite à Barfleur, petit port pittoresque. Après un arrêt photo, on fait l'impasse sur une première terrasse de café. Il faut progresser et réserver les pauses au moment où on en a vraiment besoin. C'est trop tôt pour le moment.

Le phare de Gatteville nous accueille ensuite, du haut de ses 75 mètres.

Des premiers secteurs dunaires cassent un peu le rythme. Denis tente de trouver un terrain moins pénalisant en passant par la plage et son sable plus humide et dur. Je reste sur la trace.

On se retrouve régulièrement en petits groupes, l'ambiance est sympa. Denis me montre ses talents dans les escaliers, talents qui me sont complètement inconnus. Chaque volée de marche me fait perdre une dizaine de mètre au minimum sur mon compagnon de route. A travailler donc !

Arrivé dans un village, Denis s'arrête dans une boulangerie, j'arrive quelques minutes plus tard mais ne vois pas ni le vélo, un superbe vtt tout rigide artisanal avec des pneus énormes par rapport aux 40mm des autres concurrents, ni le pilote. S'en suit donc une grande chevauchée solitaire qui m'amène progressivement jusque Cherbourg. Etonnante Cherbourg ! On penserait que c'est tout plat mais pas du tout. Le parcours nous fait crapahuter dans des bois techniques, tantôt poussant le vélo, tantôt serrant les fesses dans les descentes.

Il est 13h30, je profite d'une boulangerie pour me ravitailler et me détendre un peu sur un coin d'herbe.

Je repars et reprends la route.

Au bout d'un long moment, je vois un vttiste devant moi, je force un peu l'allure et oui, c'est bien Denis. On est bien content de se retrouver et poursuivons notre progression. Après plusieurs heures, nous arrivons à Port Racine, réputé comme étant le plus petit port de France. C'est joli. Le parcours nous fait traverser un parc avec des plantes incroyables équipées de feuilles d'une taille impressionnante. C'est splendide, on en prend plein les yeux.

Nous profitons d'une terrasse à Beaumont La Hague pour boire une petite mousse légère et avaler un sandwich.

Notre traversée Est-Ouest de la côte Nord se termine et nous atteignons, après un joli passage entre des murets qui ne sont pas sans rappeler l'Irlande, au petit port de Goury, le bout du monde. Arrêt Chips sans Fish mais avec une excellente sauce maison.

On se trouve alors au Cap le plus éloigné du départ. J'ai l'impression d'être au bout de la route. La journée touche à sa fin. Enfin les journées normales :blush:

On repart pour la partie la plus ardue du parcours. C'est le secteur des falaises et des montagnes russes.

Le soleil se couche, un parapentiste décolle à quelques mètres de moi, si proche que j'ai dû ralentir un peu pour le laisser terminer sa manœuvre. Le vent est faible mais il joue avec les courants ascendants. La fraicheur de la nuit commence à se faire sentir.

Nous sommes repris par deux autres dunkerquois que je connais. Je les laisse partir pour regonfler mon pneu arrière qui semble se dégonfler tout doucement. Je galère un peu, la valve de la chambre à air bloque le débit. Plus tout à fait lucide, je force sur la pompe et perds du temps pour un résultat très moyen et repars donc seul.

Denis m'avait annoncé ne pas vouloir trop étirer la journée, tandis que je m'étais fixé un minimum de 200km pour ce premier jour. On avait évoqué l'idée de repasser par Beaumont en quittant le parcours pour un dernier repas mais ayant les provisions nécessaires et voulant vraiment progresser un maximum, je choisi de rester sur la trace. Cette séparation est aussi un bon moyen pour que chacun fasse ses choix sans être influencé par l'autre, dans un sens ou dans l'autre.

Après plusieurs montées et descentes bien exigeantes et avoir passé une barrière à bestiaux, je pénétrais donc dans le secteur de la dune de Biville hantée seulement par quelques vaches rendues fantomatiques par la pénombre qui s'installait progressivement.

Poussant souvent le vélo pour m'épargner les efforts violents ou pour franchir les sables mous, les kilomètres défilent doucement.

Je pense avoir traversé quelques hameaux, puis enfin Biville arriva. Deux cents kilomètres au compteur, je peux me poser, la nuit tombe. L'organisateur m'avait montré la photo des toilettes publiques, plutôt propres et luxueuses dans la région. Je pensais ne pas pouvoir en profiter vu le nombre de participants et la probabilité très forte qu'un autre en ai fait son abri avant moi. Mais finalement non, c'est pour moi. Je sors mon sursac, mon sac de couchage, avale une ration de muesli avec du lait en poudre, fait un brin de toilette et au dodo !

Enfin c'est vite dit, j'ai fait le choix de ne pas prendre de matelas pour économiser 450gr, mauvaise idée…

J'arrive à m'endormir sur le sol dur et froid et me réveille à 3h30 du matin, plutôt en forme. Je remballe, mange les restes de la veille, une bouillie de croissant aux amandes chauffé tout la journée dans ma poche arrière, enfile des vêtements plus chauds, installe la frontale sur mon casque et repars dans la nuit. Mon éclairage fonctionne très bien mais j'avance quand même beaucoup moins vite que de jour. Le parcours est plus plat cependant, les chemins plus larges.

J'arrive à proximité de Flamanville, longe le périmètre de sécurité de la centrale. J'entends les vagues en contrebas mais ne vois rien. Il fait nuit noire. Je traverse un petit port, guettant un providentiel café ouvert ou même un groupe de pécheurs pour leur demander une petite tasse bien chaude. Mais à 5h du matin, rien de tout cela.

A Flamanville, après avoir traversé la cour de ce qui semble être un château, je me retrouve face à un mur de pierre et au milieu un portail verrouillé par une chaine et un cadenas. Je ne vois pas d'autre passage et zappe quelques centaines de mètres pour rattraper la trace plus loin. Par curiosité, j'ai consulté google street view et il y avait bien un passage plus à gauche, mais de nuit, c'était nettement moins visible.

Un jour brumeux se lève, je me pose sur un banc, face à la mer. J'ai déjà bien avancé aujourd'hui. Petit à petit je descends la côte ouest. Pause.

A Barneville Carteret, un marché me propose un sandwich saucisse que j'accompagne d'un café en terrasse. Il est neuf heures. Après avoir fait office de guide Michelin de la saucisse via un petit sms à Denis, je vérifie le parcours et vois qu'il me reste 150km pour terminer. Ces 250km déjà parcourus sont une bonne nouvelle !

Je repars dans la campagne plus verte de l'intérieur des terres. Le relief s'doucit un peu mais réserve toujours quelques surprises. Je trouve un compagnon de route bien sympa, équipé d'un gravel avec une fourche suspendue. On discute, le soleil se dévoile enfin, les kilomètres défilent. Il est du coin et m'annonce qu'il reste 25km un peu dur avec l'ascension d'un mont puis que ce sera plus simple physiquement.

On se perd un peu de vue dans les bois, il va plus vite en montée et je rattrape mon retard dans les descentes. Finalement, il me distance et j'en profite pour regonfler un peu mon pneu arrière qui n'en finit plus de perdre de son air précieux. Les chemins deviennent plus larges, poussiéreux et incitent à appuyer sur les pédales.

J'arrive dans une petite ville et profite d'une terrasse pour avaler un steak frite et la petite bière quotidienne obligatoire :blush: Je repars avec le cycliste précédemment perdu et nous nous séparons une quinzaine de kilomètres plus tard: le parcours offre la possibilité d'écourter d'une quarantaine de kilomètre, ce qui est beaucoup trop tentant pour un local de l'étape connaissant bien la géographie des lieux.

Pour ma part, la trace c'est la trace. Je ne veux pas avoir de regret donc jusqu'au bout, c'est la règle.

Encore quelques petites bosses et on entre dans une copie conforme de mes plaines flamandes, c'est plat de chez plat. Mais après autant de kilomètres, c'est bien plaisant. L'après-midi défile. Les kilomètres aussi. J'arrive sur les plages du débarquement avec Utah Beach et tombe sur des participants du brevet route. On discute un peu, tout le monde passe une bonne journée. Dans le magasin de souvenir, entre les tasses et les dessous de plats à la gloire des soldats, j'avise un congélateur rempli de glaces. Séance dégustation au soleil puis j'entreprends d'enfin changer ma chambre arrière que je dois maintenant remotiver tous les vingt kilomètres. J'aurais du le faire avant. Mauvais calcul.

Je me lance alors dans une course pour finir au plus vite, c'est beau mais j'en ai un peu ras la casquette. Des monotraces au milieu de la végétation prennent à cette heure une autre dimension avec la lumière qui devient plus rasante.

J'essaie d'avaler un reste de sandwich mais manque de m'étouffer avec. Je suis probablement trop dans l'effort.

Après quelques lieux de mémoires, et l'impression d'un parcours qui fait tout pour ne pas s'approcher de sa destination, j'arrive enfin à Montebourg, Il est 20h30, je suis satisfait. Je me pose, discute un peu, avale une saucisse et une bière. Douche, repas frugal et au dodo.

Clap de fin. Je mettrai plusieurs heures à trouver le sommeil, le corps doit retrouver son rythme et s'autoriser à nouveau du repos.

Je quitterai les lieux le lendemain matin, quelques dizaines de minutes avant l'arrivée de Denis. C'est dommage, si j'avais su que tu allais démarrer si tôt de Carentan, j'aurai patienté un peu pour te féliciter. Ce sera pour la prochaine fois, encore merci pour les bons moments qu'on a passé ensemble ! :blush:

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Eh bah c’est une belle aventure que vous nous avez raconté là !!!

Merci pour ces CR qui donnent envie d’aller rouler, par contre je me rends compte qu’il va falloir que je m’entraîne dur si vous roulez tous comme ça au Randonet des Monts d’Arrée :joy:

Fixé :smiley:

Top le CR :wink:

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Sympas ces CR, deux manières d’appréhender la distance !

EXcellent CR et belles photos aussi.
Ca donne envie tudjuuuu !

@Jerome29200, t'inquiète on ne roule pas tous comme eux et on attend en haut des côtes aussi :wink:

Waouh !!! Enorme CR !!! C'est excellent à lire, j'ai parfois eu mal aux pattes en te lisant, j'ai manqué de sommeil, etc. :slight_smile: Ca donne carrément de faire ça mais en 4 jours pour moi, je suis incapable de faire ça en 3 jours...
Bravo à vous deux, et merci+++ pour vos CRs et de vos partages :star_struck:

Mouais mouais t'inquiète on fait les beaux sur les CR mais la vraie vie on se démonter par le premier venu :smiley:

Une énorme valve presta dans la mer ? sont fous ces Normands !!!

Sérieux : bravo à vous deux !!! total respect.

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