A défaut de rouler, je navigue...

Deuxième sortie avec mon kayak...

Déjà sur la route du col de la Chambotte qui surplombe le lac du Bourget, les petits moutons blancs à la surface de l'eau ne me disaient rien qui vaille. Et il faut bien avouer que je n'en mène pas large au bord du lac, quand je vois la violence de la bise qui agite l'eau et me congèle sur place. Mais le ciel est dégagé, et je n'ai pas fais une heure trente de route pour admirer les cygnes et les canards.
Je décharge le bateau de l'auto sur le parking de Conjux, sous les regards incrédules de quelques passants endimanchés venus fêter Pâques aux restaurants "pieds dans l'eau". J'ai lâchement échappé au repas familiale, mais en attendant c'est moi qui met le pied dans l'eau (fraîche) pour embarquer sur la plage déserte.
Dès le départ je suis dans le bain, si j'ose dire. Le vent violent soulève des vagues qui feraient doucement sourire un marin chevronné, mais qui me paraissent démesurées. Je me place face au vent, et je remonte les vagues le plus souplement possible. Je suis un poil tendu.

Je suis rapidement trempé d'embruns, mais je n'ai pas froid. Je vois la proue du kayak se soulever et s'enfoncer régulièrement dans l'eau, en m’aspergeant à chaque fois. Je me sens ballotté dans tous les sens, mais le bateau ne bronche pas. Pour lui ces vaguelettes sont de la rigolade. Il est conçu pour affronter l'océan, il ne va pas frémir devant un lac de montagne !
Finalement je me relaxe un peu, et je trouve même un certain plaisir à affronter ce vent glacial. Je ressens une sorte de sérénité dans cette tempête bienveillante. Je pense à Jean Rochefort dans "le crabe tambour", je souris enfin.

Après un bon moment face au vent, je dois virer à droite (heuuu pardon, à tribord) pour rejoindre le canal de la Savières que j'ai prévu de remonter un peu. Il me faut quitter l'axe du vent. Seulement le kayak n'a pas l'air de vouloir changer de cap. J'apprends à mes dépend ce que signifie "lofer". Dès que j'essaye de dévier, le kayak se remet tout seul dans l'axe du vent. Un vieux loup de mer s'en sortirait sans même s'en rendre compte, mais pour un renardeau de lac comme moi c'est difficile et usant. J'essaye de me remémorer les conseils vus sur le net...Il faut se pencher à droite... ou bien à gauche ? Je ne sais plus :question:
De toutes manières rien n'y fait, j'avance comme un crabe saoul. C'est alors que je me remémore le conseil de Jeff : "sors à moitié la dérive". Je sors donc la dérive... heu non.. je n'arrive pas à sortir la dérive. J'ai beau relâcher le bout, rien ne se passe. Elle est coincée. Je donne des coups de tension sur le bout, j'essaye de taper dans la dérive avec ma pagaie.. rien n'y fait, cette saleté de mûrie de rogntudju de dérive ne bouge pas d'un angström ! :imp:
Pas grave, je vais la sortir manuellement. Il me faut juste trouver un coin pour débarquer. Impossible pour l'instant, je longe d'immenses et magnifiques roselières. Cette partie du lac est assez sauvage. Il y a des centaines d'oiseaux qui profitent de l'abri des roseaux. Des foulques, des cygnes, des grèbes, des hérons... et encore bien d'autres dont j'ignore le nom. J'aimerais prendre en photos ces dix cormorans alignés sur des piquets de bois, mais c'est impossible. Dès que je lâche la pagaie le kayak part en sucette, et je recule de trente mètre en moins de temps qu'il n'en faut pour déverrouiller le smartphone. Je vise une petite plage en direction de Châtillon pour faire une halte salvatrice. J'en ai marre d'avancer de travers, et je commence à avoir froid... aux pieds. Je débarque alors dans un véritable petit paradis.

Dans une minuscule hanse abritée du vent, une petite plage et des grandes dalles de calcaire pour s'asseoir sont là pour m'accueillir... c'est l'endroit idéal pour casser la croûte ! J'échoue le kayak et je m'installe au soleil qui ne tarde pas à me réchauffer. L'endroit est calme et désert, et j'ai une vue magnifique. Pas de gigot d'agneau pour mon dimanche de Pâques, mais quelques tartines de foies de morue face au lac qui s'agite au loin... Je suis le roi du monde !

J'aurais bien passé l'après-midi ici, mais j'ai vraiment envie de voir à quoi ressemble le canal. Je sors donc ma dérive en tirant dessus, et je repars dans le vent. Cette fois ça se passe bien mieux. Cette satanée dérive joue enfin son rôle à merveille, et je retrouve la magie d'un bateau d'exception. Il m'obéit maintenant au doigt et l'oeil, faisant fi des caprices du vent.
L'entrée dans le canal de Savières me plonge dans un monde bien différent des tourments du lac. Ici plus de tempête, de vagues et de vie sauvage. C'est un petit canal bordé de petites maisons, de pontons privés, d'embarcadères à touristes et de chemins de promenade. Dans cette ambiance de bord de Marne (du moins j'imagine... parce que je n'ai jamais mis les pieds sur la Marne) je glisse désormais à bonne allure dans un calme reposant. J'imagine que l'endroit est noir de monde en été, mais aujourd'hui je ne croise pas un seul bateau.

Rapidement je m'aperçois que ma grande vitesse n'est pas seulement le fruit de l'absence de vent et de mon coup de pagaie légendaire, mais surtout parce qu'un courant important me pousse vers le nord. (Note pour mes prochains repérages sur Google Earth : toutes les rivières ne coulent pas forcément du nord vers le sud :confused: ). J'apprendrai plus tard que le courant peut changer de sens dans ce canal, au gré des crues du Rhône.
Après quelques kilomètre de cette balade champêtre, je décide de rentrer au bercail. Les muscles des épaules commencent à me tirer. Je retourne sur mes pas, direction le lac. C'est là que je constate qu'un kayak de mer de 14 pieds, avec la dérive sortie (pas envie de la rentrer, car je ne suis pas sûr qu'elle ressortira quand j'en aurai besoin), ça a un rayon de braquage digne d'un TGV. Je dois m'y reprendre à deux fois pour faire demi-tour !
Le retour jusqu'au lac est plus facile que prévu. Même à contre-courant mon bateau glisse sans difficulté le long du canal.
J'arrive finalement au lac où le vent a un peu faibli. Les deux cygnes qui m'escortaient depuis un moment me laissent partir au large, direction la plage du départ.

Au début je trouve assez amusant d'avancer porté par le vent. Mais rapidement la houle prend de l'importance, et mon kayak commence à surfer sur les vagues.

C'est amusant deux minutes, mais je galère vraiment pour tenir le cap vers mon but. Le bateau est ballotté à chaque vague, et part dans tous les sens. Je joue de mon légendaire déhanché (que les plus grandes danseuses africaines m'envient) pour essayer de garder un semblant de stabilité dans la tourmente. C'est de la navigation à l'arrache qui ferait bien rire des kayakistes expérimentés. Coup de bol, mon calcul de cap au pifomètre m'envoie directement sur la plage que je visais. Je n'ose pas imaginer comment j'aurais pu rattraper une erreur de trajectoire qui m'aurait rapprochée trop tôt de la berge, avec le vent violent qui me maintient contre le bord.
Mais tout va bien. Je débarque sur la plage de Conjux toujours déserte. Je suis fourbu, heureux, et pressé d'y retourner le plus vite possible.

Je rejoins le parking et replie mon matos sous les regards embrumés des passants endimanchés qui sortent de leur repas pascal, avec un coup dans le nez. J'espère ne pas les croiser sur la route du retour.

Purée que c’est beau !!! Veinard, c’est splendide !

c’est de la poésie TomDad !

yep je vais t’apprendre deux trois truc donc l’echelle de beaufort et tu pourrais repere la force du vent directement en regardant les moutons sur l’eau !

et droite ça n 'existe pas sur l’eau !!! :wink:

bref sinon c 'est super chouette !

Magnifique Tom, tu vas t’éclater pour faire de jolies photos AMHA. J’aime beaucoup celle avec le foie de morue.

Magnifique !!!
Par contre, 1h30 de voiture pour aller faire du kayak… Dur. :-/

Fab’
Ps : j’adore le foie de morue :stuck_out_tongue:

J’ai des spots bien plus proches, mais hier il y avait vraiment trop de vent pour y aller. Et puis j’ai fait un peu de tourisme en passant par la Chautagne. J’ai vu plein de routeux :wink:
Il faut relativiser, 1h30 c’est le temps que passent chaque jour dans le métro plein de gents pour aller au taf. Et pour le côté écologique, je compense en ne prenant jamais l’avion :wink:

Oui, je trouvais que ça donne un côté marin qu’on ne retrouve pas dans la terrine de lapin :slight_smile:

Merci. C’est un peu galère de faire des photo dans ces conditions. Mon seul appareil qui résiste à l’eau c’est mon smartphone, qui est lent et qui a un APN de piètre qualité. Et en plus je ne peux pas l’attacher, alors je risque de le lâcher dans l’eau à chaque photo…
Il me faudrait un bon petit appareil étanche, avec une sangle pour le fixer au gilet. Mais ça coûte un œil.

Tu ne crois pas si bien dire. Hier j’ai oublié mon compteur GPS à la maison. Du coup je ne sais pas combien de km j’ai fait, ni quel parcours j’ai suivi exactement. Et puis impossible de mettre mon parcours en ligne sur Garmin ou Strava.
Ben tu sais quoi ? J’en avais rien à battre.
Je crois que je vieillis, ou que je deviens sage, ou que j’ai une âme de poète, ou que j’ai changé (oui madame Chabot…), mais les arsouilles, la vitesse, les classements, les performances, les KOM, la course à celui qui aura la plus longue ou la plus rapide… Tout cela ne m’intéresse plus du tout.
Maintenant quand je pars en rando j’ai juste envie de vivre/voir de jolies choses, et surtout de les partager quand je rentre. Alors je peux passer facilement cinq minutes à faire des tours pour trouver une jolie photo à faire pour un CR, car ça m’importe plus que gagner cinq minutes dans une descente de single ou une ascension de col.

Tu penses à quelqu'un en particulier ?.... :wink:
Tiens, c'était un quartier, un des rares derniers quartiers traditionnels de Shanghai. Je m'y rendais systématiquement, j'adorais le contraste entre société moderne, occidentalisée à outrance, et ce vieux quartier, le contraste entre les vélos d'un temps ancien et les audi & co., le contraste entre les boui-bouis sur le bord du trottoir et les restos étoilés du dernier chic.
Bref, voilà ce qu'il en reste :

Fab'

Non pourquoi ? Tu n’es pas allé en Chine à pieds ? :wink:

Les chinois font en une décennie ce que nous avons fait en un demi siècle. Le changement nous choque quand il est brutal, mais on ne peut pas les blâmer d’aspirer à une vie plus conforme aux standards de confort occidentaux. J’ai juste peur que les délogés ne soient pas ceux qui profitent de cet élan de modernité.

Le plus difficile étant d’arriver à pied de la Chine … :laughing:

C’est pas bon signe en tout cas. Faut consulter d’urgence !!! :slight_smile: